Bois massif au Canada : comment le bois d’ingénierie devient une solution de construction évolutive
31 juillet 2026
Le bois massif entre dans une phase différente dans l’industrie canadienne de la construction.
Il n’y a pas si longtemps, les tours en bois étaient considérées comme des réalisations architecturales ambitieuses, associées à des objectifs de durabilité ou à des projets d’expérimentation du secteur public. Aujourd’hui, le débat évolue. Les promoteurs, les constructeurs et les propriétaires institutionnels considèrent de plus en plus le bois massif non pas comme un matériau environnemental de niche, mais comme une stratégie de construction pratique.
Cette évolution survient à un moment où l’industrie subit des pressions de toutes parts : pénuries de main-d’œuvre, hausse des coûts des matériaux, calendriers de construction plus serrés et exigences croissantes pour réduire les émissions de carbone. Dans ce contexte, le bois massif est désormais évalué moins pour son caractère novateur que pour ses performances.
Et de plus en plus, l’industrie y prête attention.
Selon Ressources naturelles Canada, il y a plus de 750 projets de bois massif construits ou en construction au pays, ce qui représente près de trois millions de mètres carrés d’espace bâti. Ce qui a commencé comme une série de projets de démonstration évolue vers un mouvement de marché plus large qui pourrait remodeler la façon dont le Canada construit des logements, des écoles, des bureaux et des infrastructures publiques au cours de la prochaine décennie.
« À ce stade, l’industrie a largement prouvé que le bois massif fonctionne et constitue une solution techniquement viable », dit Annabelle Hamilton, directrice générale de WoodWorks BC. « La prochaine étape consiste à traduire ce potentiel en pratiques industrielles communément acceptées qui favorisent une plus grande adoption en rendant le bois massif reproductible, évolutif et accessible dans un plus grand nombre de types de bâtiments et de régions au Canada. »
La plus grande question n’est pas de savoir si le bois massif fonctionne structurellement. Il s’agit de savoir si le marché est prêt à le déployer à grande échelle.
Pourquoi la construction en bois massif gagne du terrain au Canada
L’essor du bois massif est souvent présenté sous l’angle du changement climatique, et pour une bonne raison. Les bâtiments représentent une part importante des émissions de gaz à effet de serre du Canada, en particulier lorsqu’on tient compte du carbone incorporé, c’est-à-dire des émissions associées aux matériaux de construction et à la construction.
Mais sur les chantiers de construction, l’attrait du bois massif devient de plus en plus pratique.
Les systèmes de bois d’ingénierie tels que le bois lamellé-croisé (CLT) et le lamellé-collé permettent de fabriquer de grands composants structuraux en usine, puis de les assembler rapidement sur le chantier de construction. Des systèmes structuraux complets, comprenant notamment des panneaux de plancher et de mur, peuvent arriver prêts à être installés, ce qui réduit l’encombrement sur le chantier et raccourcit les délais de construction.
Pour les promoteurs et les entrepreneurs confrontés à la pénurie de main-d’œuvre et à la pression financière, le temps est devenu l’une des ressources les plus précieuses de l’industrie.
Sur certains projets, les structures en bois massif ont le potentiel de réduire le montage de 25 % par rapport aux systèmes conventionnels. Un assemblage plus rapide peut réduire les coûts de portage, améliorer la prévisibilité des échéanciers et limiter les retards liés aux conditions météorologiques.
L’économie change rapidement. Il en va de même de l’attitude de l’industrie à l’égard du bois.
« Le bois massif ne se limite plus aux bâtiments sur mesure ou emblématiques », explique Hamilton. « La véritable opportunité est d’étendre l’adoption du bois massif au-delà du secteur public pour l’intégrer à la construction courante, où la rapidité d’exécution, la préfabrication et des solutions économiquement compétitives deviennent des facteurs prioritaires. »
Qu’est-ce que le bois massif ?
Malgré une reconnaissance grandissante, le bois massif reste encore largement méconnu.
Il ne s’agit pas d’une construction traditionnelle à ossature bois réalisée à plus grande hauteur. Au lieu de cela, le bois massif fait référence à une famille de produits en bois d’ingénierie créés par le collage ou la fixation de couches de bois entre elles pour former de grandes poutres et de grands panneaux structuraux.
Les systèmes les plus courants comprennent :
- Bois lamellé-croisé (CLT)
- Bois lamellé-collé (glulam)
- Bois lamellé-cloué (NLT)
- Bois lamellé-chevillé (DLT)
Ces systèmes sont conçus pour être utilisés aux côtés de l’acier et du béton, souvent dans le cadre de bâtiments hybrides qui combinent plusieurs matériaux en fonction d’exigences structurelles.
Cette approche hybride est de plus en plus courante au Canada, en particulier dans les projets institutionnels et à usage mixte où le bois est jumelé à des noyaux en béton ou à des assemblages en acier.
L’avenir de la construction en bois massif ne sera probablement pas « tout en bois ». De manière plus réaliste, il s’agira d’utiliser chaque matériau là où il est le plus performant.
Le marché en croissance du bois massif au Canada
Le Canada est particulièrement bien placé pour être le chef de file de la construction en bois massif.
La Colombie-Britannique est en tête en Amérique du Nord, avec plus de 550 bâtiments en bois massif achevés ou en construction, et la plus forte concentration par habitant de bâtiments en bois massif sur le continent, environ 15 fois la moyenne nord-américaine. La Colombie-Britannique a aidé à établir le plan directeur initial grâce à des politiques d’approvisionnement axées sur le bois, à un secteur forestier solide et à une communauté de concepteurs expérimentés. Le Québec s’est également imposé comme un acteur majeur, alliant capacité manufacturière et projets institutionnels et commerciaux ambitieux. L’Ontario, quant à lui, devient un centre de demande majeur à mesure que le développement urbain et la construction institutionnelle s’accélèrent.
« Sur le marché ontarien, la fréquence des projets de bois massif a connu une croissance exponentielle. Ce qui a commencé comme une poignée de projets par année il y a 20 ans est passé à plus de 300 projets en cours de planification ou en construction », a déclaré Hailey Quiquero de WoodWorks Ontario. « Selon nos projections les plus favorables, si l’Ontario réussit à généraliser la construction de logements de grande hauteur en bois massif et des infrastructures communautaires associées, le marché potentiel du bois massif dans la province pourrait atteindre jusqu’à 10 % des nouvelles constructions. »
Des projets tels que Vienna House, The Hive et Limberlost Place, parmi tant d’autres, ont contribué à placer le bois massif sous les projecteurs nationaux. Mais le véritable enjeu se situe au-delà des projets emblématiques qui attirent toute l’attention.
Partout au Canada, des systèmes de bois sont maintenant envisagés pour les immeubles résidentiels multifamiliaux, les écoles, les centres de loisirs et les infrastructures communautaires. Dans les régions nordiques et éloignées, les assemblages de bois préfabriqués attirent l’attention parce qu’ils peuvent réduire les besoins de construction sur place et raccourcir les échéanciers pendant de courtes fenêtres saisonnières.
Ce n’est plus une expérience régionale. Cela devient un débat national sur la construction.
Pourquoi le carbone incorporé change les décisions en matière de matériaux de construction
L’une des plus grandes forces qui accélèrent l’adoption du bois massif est l’accent croissant mis sur le carbone intrinsèque.
Historiquement, les discussions sur la durabilité des bâtiments portaient principalement sur les émissions liées à leur exploitation, telles que le chauffage et la climatisation. Mais à mesure que les systèmes de construction deviennent plus économes en énergie, les émissions associées aux matériaux eux-mêmes font l’objet d’un examen plus minutieux.
Le béton et l’acier restent des matériaux de construction de base, mais les deux ont des impacts carbone importants pendant la fabrication.
Le bois massif offre aux promoteurs une autre voie. Il présente généralement un carbone intrinsèque inférieur à celui des matériaux traditionnels et stocke le carbone absorbé par les arbres durant leur croissance tout au long du cycle de vie du produit, des caractéristiques qui peuvent contribuer à une stratégie plus globale de construction à faibles émissions de carbone.
Les gouvernements municipaux, les propriétaires institutionnels et les investisseurs axés sur les critères ESG intègrent de plus en plus des objectifs de carbone intrinsèque dans les cadres d’approvisionnement et de développement.
Pour les promoteurs, cela introduit un nouveau calcul stratégique. La sélection des matériaux n’est plus seulement une question de coût et de performance structurelle. La comptabilisation du carbone commence à influencer le financement, les approbations et le positionnement des actifs à long terme.
Préoccupations en matière de résistance au feu et d’assurance relatives au bois massif
Aucun sujet ne suscite plus de discussions sur le bois massif que la résistance au feu.
Une partie du défi tient à la perception. De nombreuses personnes associent encore les bâtiments en bois aux constructions combustibles à ossature légère, plutôt qu’aux systèmes structuraux en bois d’ingénierie conçus pour des bâtiments de plus grande envergure.
Le bois massif se comporte différemment dans des conditions d’incendie par rapport aux croyances de beaucoup de gens. Les grands éléments en bois se carbonisent à l’extérieur lorsqu’ils sont exposés à la chaleur, créant une couche protectrice qui aide à préserver l’intégrité structurelle.
Cette performance a servi de base à des années d’essais de résistance au feu et d’élaboration de codes au Canada. Pourtant, les discussions vont de plus en plus au-delà de la science structurelle, dans le domaine de l’assurance et de la gestion des risques.
L’exposition aux risques pendant la phase de construction, les infiltrations d’humidité et le manque de données historiques sur les sinistres demeurent des préoccupations importantes pour les assureurs et les prêteurs lorsqu’ils évaluent des projets.
« C’est là que la prochaine phase d’adoption se jouera probablement », déclare Charbel Bou Farah, vice-président, Spécialités et vente au détail chez Zurich Resilience Solutions Canada. « La question aujourd’hui est moins de savoir si ces bâtiments peuvent fonctionner, mais plutôt si les équipes de projet gèrent les risques assez tôt dans le processus. »
Le bois massif n’élimine pas les risques liés à la construction. Cela déplace simplement l’emplacement du risque.
La préfabrication déplace de nombreuses décisions critiques plus tôt dans la phase de conception et de coordination. Les tolérances de fabrication, la planification logistique et la protection contre l’humidité deviennent essentielles bien avant l’arrivée des matériaux sur le chantier.
« Avec le bois massif, de nombreux risques critiques se situent plus tôt dans le cycle de vie du projet, notamment en ce qui concerne la coordination, la gestion de l’humidité et la logistique », explique Bou Farah. « Les projets qui abordent ces problèmes à l’avance ont tendance à donner de bien meilleurs résultats lors de la réalisation. »
L’avenir de la construction en bois massif au Canada
La chose la plus intéressante à propos du bois massif est peut-être que son avenir n’est plus guidé par un seul argument.
Il ne s’agit pas seulement de développement durable. Il s’agit également de la productivité, de la préfabrication, de l’efficacité du travail, de l’innovation industrielle et du soutien à l’économie nationale.
La Feuille de route relative au bois massif prévoit que le marché canadien, tant intérieur qu’à l’exportation, pourrait atteindre environ 1,2 milliard de dollars d’ici 2030, soutenu par une capacité de fabrication accrue et des chaînes d’approvisionnement plus solides.
Mais la concurrence mondiale s’intensifie. Les pays d’Europe et d’Asie investissent massivement dans la fabrication du bois et les systèmes de construction à faible émission de carbone. L’avantage du Canada en tant que nation forestière est réel, mais il n’est pas garanti.
Pour les promoteurs, les constructeurs et les entrepreneurs généraux, la conclusion devient de plus en plus évidente.
Le bois massif n’est plus un matériau de spécialité réservé aux projets de vitrine. Il s’inscrit dans une discussion plus large sur la façon dont le Canada construit plus rapidement, réduit les impacts liés au carbone et modernise les méthodes de réalisation des projets de construction.
Le marché continue d’évoluer. La familiarité avec l’assurance, la cohérence de la chaîne d’approvisionnement et l’harmonisation des codes continuent de se développer. Mais la tendance devient de plus en plus difficile à ignorer.
Au Canada, le bois massif passe d’une solution de construction alternative émergente à une solution de construction pouvant être déployée à grande échelle.
Sources:
- Ressources naturelles Canada, État du bois massif au Canada
- Conseil du bâtiment durable du Canada, données nationales sur les émissions des bâtiments et le carbone intrinsèque
- Code national du bâtiment du Canada 2025, dispositions relatives à la construction en bois massif encapsulé
- Feuille de route relative au bois massif
- George Brown Polytechnic, informations sur le projet Limberlost Place
